Comment apprendre le japonais chez le dentiste

Pour l’année qu’on a la chance de passer à l’extérieur du Québec, je m’étais donné un défi personnel : lâcher prise.

Un défi qui aura été mis à rude épreuve avant même d’arriver au jour J. La veille de notre départ, je me suis rendue compte qu’un de mes plombages venait de briser.

Il était minuit moins quart.

On ne reporte pas le projet d’une vie pour une dent botchée

Quand même, il y a toujours bien des limites.

On s’est donc envolés pour le Japon, en essayant de mettre mon mal de dent sur la faute du stress. « Non mais tu sais, le stress, ça peut causer un mal de dents soudain, c’est sûrement moins pire que tu penses »

Désillusions, quand tu nous tiens.

Toujours est-il qu’avec un peu de patience et beaucoup de sommeil en moins, une fois arrivé à Tokyo, on trouve un cabinet de dentiste tout près de notre auberge.

On y est rentré, armé de nos téléphones et d’une application de traduction.

Malgré toute ma bonne volonté, bizarrement, « pourriez-vous bien me dire si mon plombage est bel et bien brisé et si oui, je vous prierais de me le réparer » ne figurait pas dans mon top 10 de phrases à apprendre avant d’atteindre le pays du soleil levant.

D’une simplicité déconcertante

Malgré une barrière lingustique importante, tout le monde finit par se comprendre : je suis une touriste, j’ai mal à la gueule et j’ai les moyens de payer.

Le dentiste et l’hygiéniste me font signe de rentrer dans leur bureau. Julien et moi on se regarde, mi-médusé, mi-amusé :

« Now ? Like, today, now ? »

« Hai, hai »

Je m’installe sur la chaise du dentiste. On ne se comprend pas, mais je connais la routine : il m’examine, se marmonne quelques mots dont je crois saisir l’essentiel (du style hé boy ma chouette, t’es vraiment pas chanceuse), me redresse… et s’en va chercher son ordinateur portable.

Celle-là, je ne l’avais pas vu venir.

Il positionne son ordi sur ses genoux, de sorte à ce que je puisse voir son écran, et commence à écrire dans Google Translate.

Il me confirme que le plombage est bien brisé, qu’il peut me faire une réparation temporaire, mais comme ça risque d’être douloureux, il va bien geler la zone. Bref, il me propose un plan de traitement détaillé et tout à fait sensé compte tenu la situation.

Je pointe son ordi et, comprennant immédiatement mon intention, il me le passe, pour qu’à mon tour je puisse lui poser une question : ça va prendre combien de temps, et ça va coûter combien ?

10 000 yen, 30 minutes. Cash only.

Au moins, c’est drôle… non ?

Tel que prévu, 30 minutes plus tard, on quittait la clinique.

On s’est regardés, mon chum et moi, et on s’est pris un de ces fous rires : quelles étaient les chances ? Au Québec, on m’aurait fait patienter une bonne semaine (au minimum).

Pour une fille qui voulait lâcher prise, je me suis régalée.

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