Les bienfaits de se prêter aux pratiques locales
Il apparaît en premier lorsque nous inscrivons « Japon » dans un moteur de recherche. Nous l’avons tous vu des centaines de fois, aussi bien en photo qu’en peinture.
Et pourtant, rien ne nous prépare vraiment à la vue de ce volcan.
Le Mont Fuji, dans toute sa splendeur, se dressait devant nous, sous mon regard écarquillé par la surprise.
Mais avant de continuer, je dois d’abord vous ramener quelques jours en arrière..
Nous sommes à Kōenji
Ce quartier bohème de Tokyo que j’ai tant aimé. La journée est grise, mais qu’importe : on en profite au maximum.
On décide de s’arrêter dans un charmant petit café, purement attirés par ce beigne mignon à souhait. J’veux dire, regardez-moi ça ! Ça nous a presque fait de la peine de le manger.

Un couple de touristes s’installe près de nous et ne peut s’empêcher de décrocher un sourire à la vue de notre collation d’après-midi.
« Je peux le prendre en photo pour ma fille ? » nous demande la dame en anglais.
Il n’en fallait pas plus pour que nous commencions tous à discuter. Blaine et Brian, de charmants Américains, nous racontent qu’ils sont en visite pour une conférence. Brian, ayant habité Kōenji, est visiblement intrigué par notre présence ici.
« Et vous, que faites-vous à Tokyo ? »
On leur débale nos plans : sept ans d’économies et des poussières pour aboutir ici, au début de notre année sabbatique. So we’re catching you right at the beggining ? That’s amazing, good for you guys ! Leur réaction m’a réchauffé le coeur.
Lorsque nous mentionnons que nous espérons voir le Mont Fuji dans quelques jours, Brian sourit :
« Ah, dans ce cas, vous devriez aller prier au petit sanctuaire du quartier. Il est dédié à la bonne météo ».

Julien et moi échangeons un regard : et pourquoi pas ? C’est vrai que les prévisions météorologiques ne sont pas favorables.
On se quitte en se partageant nos coordonnées, puis on se lance à la recherche de ce sanctuaire. En moins de cinq minutes, nous nous trouvons devant.
« C’est le temps de me débarrasser de mon petit change pour une bonne cause », dit Julien à la blague.
Shimoyoshida, dit Fujiyoshida
Quelques jours plus tard, nous débarquons à Shimoyoshida.
Nous y trouvons une ville quasi déserte, en ce jeudi après-midi.
Le temps est à la grisaille, sur un fond d’air glacial. Avec les nuages omniprésents, toujours aucun signe du Mont Fuji. C’en est à se demander ce qu’on fait ici.
Avons-nous fait tout ce trajet pour rien ? Le doute commence à semer ses graines dans nos esprits.

On passe le reste de l’après-midi à explorer ce curieux village. Le son de nos pas résonne à travers les ruelles, me donnant l’impression de me trouver sur le plateau d’un film western.
Après quelques heures à tuer le temps, nous revenons vers notre auberge.
Le plan est de se coucher tôt, puisque demain, il faudra se lever avant l’aube pour avoir une chance de voir cette gigantesque montagne.


5h00 du matin
Julien s’empresse d’éteindre notre alarme, alors que j’ouvre péniblement les yeux en grognant. Ce qu’on ne ferait pas pour tenter de capturer la beauté du monde.
Un bref coup d’œil à travers la fenêtre nous laisse croire que la brume s’est emparée du paysage.
« Bah… Au pire, on retourne se coucher si on ne voit rien ? »
Ce plan me convient. On s’habille en silence, puis on se glisse à l’extérieur de l’auberge.
Une bourrasque d’air froid nous assaille le visage. Un peu maussade, je jette un coup d’œil autour de moi avant de déclarer :
« Mmh, Julien, je ne sais pas si on va… »
À peine ai-je fini ma phrase, j’étouffe un cri de surprise.
Il se tient là, majestueux, imperturbable. Si loin, et remplissant pourtant le ciel de sa présence.
Le Mont Fuji.

J’en ai presque eu peur, tellement je me suis sentie petite face à son immensité.
On accélère le pas, s’empressant d’atteindre la pagode Chureito, qui surplombe le village. L’aube imminente colore l’atmosphère d’un bleu lavande, la couleur préférée de ma mère.
« Salut maman, merci pour le beau temps », lui dis-je à voix haute.
Tout le long, on croise des locaux qui nous saluent gentiment. Plusieurs font leur jogging matinal, indifférents face au spectacle que la nature a décidé de nous offrir en ce matin frisquet.
En même temps, quand le mont Fuji fait partie de ton décor quotidien, j’imagine que ça devient banal. Pas que je puisse comprendre, mais j’essaie.
On atteint la fameuse pagode juste avant le lever du soleil. Quelques braves matinaux sont déjà bien installés avec leur café et leur appareil photo. Au total, nous devions être moins d’une dizaine.
Julien et moi prenons un moment pour souffler un peu. On se regarde, complices : finalement, la météo semble bel et bien jouer en notre faveur.


J’ai mentionné plus tôt qu’en dépit de l’absence de mystère autour du Mont Fuji, je reste convaincu que personne n’est véritablement prêt à le voir de ses propres yeux.
Le mot qui décrit le mieux mon émotion ce jour-là : stupeur. J’étais tout simplement bouche bée devant cette merveille de la nature.
Quelle chance, tout de même. Quelle chance avons-nous de vivre sur cette Terre, qui nous comble de paysages à couper le souffle. Si seulement on pouvait la respecter comme elle le mérite.
Du beau temps, vous en vouliez ? En v’la !
Ce jour-là, le soleil ne nous a pas quittés. L’air s’est vite réchauffé, au point que nous avons fini par avoir trop chaud dans nos doudounes.
Et le lendemain ? Une fine bordée de neige nous attendait au réveil.
« Ouais, ben Marie, notre rituel a fonctionné : il annonce de la neige et de la pluie pour les prochains jours », m’a dit Julien, amusé.
Je vous jure, notre journée au Mont Fuji relève d’une belle anomalie.
Peut-être que les dieux de la météo nous ont vraiment exaucés. Peut-être que le temps aurait été clément de toute façon.
Mais c’est une bien meilleure histoire ainsi, vous ne trouvez pas ?
