Prières sans frontière : à la rencontre des sanctuaires shintō de Tokyo
On a débuté notre aventure au Japon le 6 mars dernier.
Un an plus tôt, jour pour jour, ma mère est décédée.
Lorsqu’on a acheté nos billets d’avion, cette drôle de concïdence ne m’a pas échappée. Je sais qu’elle n’était pas chaude à l’idée que je m’embarque dans une année sabbatique autour du globe. Pourtant, j’y ai vu un signe.
Un signe qu’elle m’accompagnerait, coûte que coûte. Peut-être était-ce sa façon de me dire qu’elle sera toujours près de moi, même si la vie nous sépare désormais.

Déambulant dans l’immensité de Tokyo, le décalage horaire nous frappait de plein fouet. Même s’il était à peine 15 h, nos corps nous suppliaient d’aller dormir.
Heureusement, nous sommes deux têtus.
Un peu par hasard, nos pas nous ont conduits jusqu’aux jardins du sanctuaire shintō Meiji-jingū.
Et pour être honnête, nous ne savions pas vraiment ce qui nous attendait en franchissant l’entrée de ce lieu sacré.

Une fois arrivés dans la cour intérieure, nous avons pris le temps de tout observer : l’architecture, les arbres massifs… et ces drôles de plaques de bois accrochées à un portique près du temple.
Curieuse, je me suis approchée. Est-ce qu’il s’agissait de décorations, de souvenirs ? Non, clairement pas, il n’y avait pas de prix indiqués nulle part.
J’ai alors commencé à lire les inscriptions. Doucement, les rouages de mon cerveau endormi se sont mis en marche :
« Julien, je crois que ce sont des prières », lui ai-je chuchotté, consciencieuse de respecter les codes que ce lieu m’inspirait.

Sur ces plaques, des mots écrits en anglais, en français, en espagnol, en arabe, en chinois, en japonais et dans une foule de langues que je ne parvenais pas à déchiffrer.
Des mots écrits par des gens venus des quatre coins du monde pour prier, ici même. Des mots invoquant les dieux du destin pour qu’ils exaucent leurs désirs les plus profonds. Des mots tracés par des mains tremblotantes et des mains d’enfants.
Devant cette démonstration criante d’humanité, j’ai senti l’émotion monter en moi, comme je la sens encore en écrivant ces mots. Des océans et des cultures nous séparent peut-être, et pourtant, nous sommes des milliers à souhaiter la même chose : la paix, l’amour et le bonheur.
En continuant ma lecture, j’ai constaté que nous sommes aussi des milliers à espérer la guérison de nos proches face à la maladie. Avec un pincement au cœur, j’ai pensé à ma mère. Et j’ai pleuré.
J’ai pleuré pour tous ces soupers qui n’auront plus jamais lieu, pour les étapes de ma vie que j’aurai à affronter sans elle, pour tous ces « je t’aime » restés en suspens.

J’ai regardé le ciel et je me suis promis de plonger dans cette année à mille à l’heure. De rire, de manger, de m’émerveiller et de vivre. Pour moi, pour elle.
Un an plus tôt, jour pour jour, ma mère est décédée.
Je ne suis pas de celles qui croient. Mais cette journée-là ? Cette journée-là ne relevait pas du hasard.